Cher Journal

« Cher journal », çà commence toujours par « Cher journal », alors pourquoi changer ?
Donc,
« Cher Journal », je m’adresse à toi pour la première fois car je suis en passe de devenir un aventurier célèbre !!
Oui je sais, çà choque la première fois qu’on le lit mais cette fois, c’est vrai !


En fait, tout a commencé hier soir. Je rentrais du boulot, après une heure passée dans les embouteillages, j’ai mangé devant la télé, j’étais crevé alors je suis allé me coucher pas trop tard, à 22h00 précisément.


Je m’en souviens parce que le 00 c’est assez spécifique pour une heure, et puis aussi je me suis dit « J’attends 01 et je m’endors » mais je me souviens pas d’avoir vu le 01, sans doute que je me suis endormi avant qu’il n’arrive.


Je me suis « réveillé », oui enfin bon, je me suis réveillé dans mon rêve en fait, vu que je dormais profondément depuis moins d’une minute. Bref, je me suis réveillé… dans la peau d’un paysan !


A priori, j’étais un paysan assis sur un tabouret, le dos appuyé à la façade de sa petite maison au toit de chaumes, vêtu d’un chapeau de paille et de culottes bouffantes en tissus beige, et je mangeais un morceau de pain et des tranches de saucisson (mon côté Français çà), en contemplant un champ de blé, qui devait m’appartenir.


Bizarrement, çà ne m’a pas réveillé, c’était sans doute suffisamment agréable, ou bien sans doute qu’en fait, je ne me rendais pas compte que je rêvais, et à mon avis, c’était plutôt çà le truc.


Ainsi, me voilà paysan avec tout l’attirail, la maison, le champ, le chapeau, tout çà… quand tout à coup je sursaute car j’entends un gros bruit à l’intérieur de ma maison, une petite chaumière 4 façades, 50m² de poussières, pas de salle de bain, pas de toilette, 2 pièces, idéal pour un célibataire, terrain de 15ha… 100 pièces d’or !


Vif comme l’éclair, je me redresse, prêt à bondir, l’oreille attentive, les muscles bandés, tel le lapin de garenne… et je prend mes jambes à mon coup en fuyant en direction du champ et en plongeant à une centaine de mètres de là sous les longues tiges du blé.


Patiemment, allongé sur le sol, j’observe ma chaumière, pendant de longues secondes, puis j’aperçois enfin un homme qui tente d’en sortir, s’extirpant par une fenêtre en renversant tout ce qu’il y avait sur la petite table sur laquelle il avait dû prendre appui, vu le boucan que çà à fait.


Un voleur ! Habillé de noir, tenant une longue épée à la main, il est en train de sortir, il passe une jambe, puis une aut… ha non ! Il se rate et tombe, l’autre jambe en question bloquée dans le coin de la fenêtre, sans doute un clou qui dépasse et qui a accroché sa botte, ou bien le gars est maladroit. Puis, il se relève, tant bien que mal, se retourne et marche sur mon râteau, prend le bâton en pleine face, sonné, il titube, se reprend les pieds mais cette fois sur la bêche que j’avais omis de ranger, et s’écroule, sans se relever, son épée pointant vers le ciel… en tombant il s’est occis tout seul ! Je confirme finalement, c’est bel et bien parce que le gars était maladroit.


Je me suis relevé, fourche à la main (oui, j’ai une fourche à la main, je sais c’est surprenant) avançant tout doucement, l’œil vif, les muscles band…. Non ! On ne rit pas Môssieur Cher Journal ! Cette fois, c’était vraiment pour me défendre, voire… pour attaquer !!


Donc, je m’approche, telle la bête ! Mais le gars est bel et bien mort.


« - Eh ben, sont pas bien doués les voleurs par ici, que je m’exclame.
- En effet, et celui-là, il avait la palme, riposte une voix ! »
Je me saisis, tremblant de partout, « la voix, elle vient du cadavre, me dis-je ! »
« - Qu… qu… qui … qui à parlé ? », bégayais-je, « mon… mon… montrez-vous ! Vous... vous ne me … faites … pas peur !
- Et bien, et bien, voyez-vous çà, répond la voix, je n’ai vraiment pas de chance. Après le voleur stupide je tombe sur le paysan idiot ! Ce n’est vraiment pas ma veine, mais bon, on dirait que je n’ai pas le choix, continua-t-elle, se parlant à elle-même. ».


Je restais estomaqué, pétrifié d’entendre un cadavre parler de façon intelligible mais sans bouger le moindre cil.
« - Et bien, te décideras-tu à me sortir de là ? Ne vois-tu donc pas que je suis la tête en bas et la lame en l’air ? Crois-moi, c’est une position très inconfortable, continua-t-elle.
- La ‘lame en l’air’, répétais-je ? Quelle lame ? Je ne vois que celle de l’épée qui lui a ôté la vie…
- Justement ! Cette lame, cette épée magnifique, commença-t-elle, c’est moi ! Trukandir, la lame du dragon, pour te servir ! »


Je m’approchais à nouveau,  observant mon « interlocuteur » ensanglanté, j’avançais tout doucement ma main pour toucher cette lame, tremblant de tout mon être….
« BOUH !!!! », hurla l’épée qui me voyant sursauter s’esclaffa à coup de grands et bruyants « HAHAHA !!! ».
« - Démon !!! », hurlais-je, en faisant rouler du pied le cadavre de mon voleur. J’attrapais le pommeau de l’épée, qui stoppa immédiatement son rire moqueur, et la retira du cadavre.


Je la levai au niveau des yeux et l’observai, énervé et aussi vexé d’avoir autant sursauté.
Le pommeau, d’un noir de jais, était orné d’un dragon gravé à même la matière. Un dragon aux ailes sombres comme la nuit, une couche de platine faisant ressortir les contours.

La garde, horizontale, du même métal sombre, était ornée un liseré rouge sang qui s’enroulait autour d’elle, comme le ferait un serpent maléfique.

La lame était gravée de symboles sur le premier tiers à partir de la garde. Un léger fil d’or en faisait ressortir l’écriture. Au milieu de cette lame, un œil ouvert me fixait :

« - Tu t’es enfin décidé à me sortir de là? », commença-t-elle. « Et à ce que je vois, tu es encore vivant, même après m’avoir pris dans ta main…
- Comment çà ? Pourquoi aurais-je pu mourir en te prenant ?
- Et bien, il faut deux conditions pour que je puisse changer de propriétaire : la première, c’est que le précédent soit mort, çà on sait que c’est bon.
- Et la seconde, m’inquiétai-je ?
- La seconde, c’est que tu possèdes une force mentale suffisante. Sinon, et bien, j’aurais aspiré ton esprit, te laissant vivant, mais avec le QI d’un oignon… note, t’as peut-être déjà le QI d’un oignon et c’est pour çà que çà te fait rien… HAHAHAHA !!!
- Et à part sortir des vannes pourries, tu sais faire quoi d’autre ? Tu es une épée magique quand même non ?
- Et bien, j’en sais rien, çà dépend de mon propriétaire en fait. Pour l’instant, je sais parler, et donc te donner d’excellents conseils qui te sauveront probablement la vie…
- Comme celle de ton précédent propriétaire ?
- Mais… pff… lui c’était une erreur. Il m’a trouvé il y a trois jours, çà m’a sortie d’un long sommeil et avant çà, je n’ai aucune mémoire. »

En fait, tout était allé très vite. 10min plus tôt je n'étais qu'un simple paysan gland... hum... vaccant à ses laborieuses occupations et maintenant j'étais devenu un homme choisi par une épée magique pour en devenir son heureux propriétaire... enfin, "heureux", vu l'état de mon prédécesseur, je mis à en douter sérieusement. Mais l'euphorie me gagna:

"Haha!! Je suis un héros, un aventurier alors?", lançais-je. Je vais parcourir le monde, quitter cette misérable vie, rencontrer l'aventure, sauv...
"- Hé ho! Calmos mon gars", me coupa Trukandir. "Me secoue pas bêtement en l'air comme-çà, tu pourrais te faire mal! Et puis bon, rien ne dit que t'es pas toi aussi un aventurier de pacotille. Ce serait bien ma veine tient!"

J'attrapais le fourreau, la tête pleines d'aventures, de prouesses, de fait-d'armes, de princesses à sauver.... "c'est très étroit un fourreau, quand même"... je me voyais déjà en armure luisante, sur un destrier puissant... "crévin diou, vla ti pas que çà veut pas rentrer dedans!"... les cheveux au vents, galopant sous les vivas des villageois que j'aurais sauvé.. "AIE!" m'écriais-je.

Je venais de me couper le doigt, sur la partie interne de l’index, parce que je tenais le fourreau trop près de l’ouverture et en y glissant Trukandir, la lame avait glissé de son fil sur mon doigt. Trukandir s’était alors empressée de m’envoyer un « Bien fait !!! », sans doute pour se venger d’avoir été remise au fourreau…

Mais çà fait mal ce truc! C'est dangereux une épée...


... et puis plus rien sauf que mon réveil a sonné. 8h01, pilepoil. Je me souvenais de mon rêve dans les moindres détails. Je me suis dit que ce ne serait pas le cas demain, donc j’ai pris ce vieux bloc-notes et je l’ai appelé « Journal ».

Ha oui, avant de te souhaiter bonne journée, cher « Journal », un truc étrange à écrire encore j’avais une grosse entaille sur la face interne de mon index à mon réveil, comme une coupure. Bizarre coïncidence, ne trouves-tu pas ?

Allez, bonne journée, « Cher Journal » ! Et vivement ce soir, que je puisse, peut-être me replonger dans mon rêve !!